Travailler un texte (1/5)

Vous voulez travailler un texte, mais vous ne savez pas comment ? Cette série d’articles est faite pour vous. Je vous présente à l’aide d’un exemple concret (un poème du bac) une méthode que j’enseigne aux jeunes en cours particuliers et aux adultes en formation. Vous pouvez utiliser cette démarche pour n’importe quel texte dans n’importe quelle langue : c’est universel ! Cette technique sert à comprendre un écrit ou un discours, à savoir en parler, à en faire un commentaire, à rédiger, bref, en un mot : travailler. 😉 Voyons-la de plus près.

C’est une méthode en quatre étapes :

  1. Cadrage
  2. Objectivité
  3. Subjectivité
  4. Action

Avoir une méthode c’est bien, la mémoriser pour l’utiliser, c’est mieux. Pour vous faciliter la tâche, j’ai choisi les noms de ces étapes afin que leurs initiales forment le sigle COSA. Comment s’en servir ?

COSA : quatre lettres, quatre étapes

  1. C comme cadrage : première étape
    Nous lisons le texte une première fois pour savoir et quand ça se passe, nous relevons les mots qui permettent de le savoir.
  2. O comme objectivité : deuxième étape
    Nous lisons le texte une seconde fois pour en connaître les univers sensoriels, c’est-à-dire que nous listons les mots qui s’adressent aux cinq sens : sens visuel, sonore, tactile, gustatif, olfactif.
  3. S comme subjectivité : troisième étape
    Nous lisons le texte une troisième fois pour rechercher les émotions, les sentiments, les idées qui y sont présentes, et nous relevons les mots qui en parlent.
  4. A comme action : quatrième étape
    Nous lisons le texte une quatrième fois pour savoir ce qu’y font les êtres et les choses. Nous listons les mots indiquant les actions.

À l’issue de ces quatre étapes, nous pouvons mieux comprendre le texte, en parler d’une façon plus claire à l’écrit ou à l’oral.

Exemple avec un texte

Pour illustrer la méthode, j’ai choisi une poésie tombée au bac français en 2012, L’Enterrement de Paul Verlaine.
Vous trouverez l’explication des mots mis en note à la suite du texte.

L’Enterrement

Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille1,
Le prêtre en blanc surplis2, qui prie allègrement,

L’enfant de cœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille3,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis tout rondelets, sous leur frac4 écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866

1 Trille : note musicale, sonorité qui se prolonge.
2 Surplis : vêtement à manches larges que les prêtres portent sur la soutane.
3 Drille : homme jovial.
4 Frac : habit noir de cérémonie.

Première étape – Cadrage (C de COSA)

Nous avons lu le texte une première fois et nous y avons cherché  les mots permettant de savoir où et quand ça se passe, ou si vous préférez une façon plus technique de dire, de connaître son espace-temps.
Voici ce que nous avons trouvé.

se passe ce poème ? Dans un cimetière.
Quels éléments du texte nous permettent de le dire ? Bien que le terme « cimetière » soit absent, nous pouvons le deviner rapidement grâce au titre, « L’enterrement », repris dans le premier vers, et « Le fossoyeur », au second vers. Mais est-ce un cimetière catholique, protestant, juif, musulman ? « La cloche », « Le prêtre en blanc surplis », « l’enfant de cœur » permettent de savoir qu’il s’agit d’un cimetière catholique. Le poète décrivant la scène suggère que nous sommes en France, ou tout au moins en Europe.

Quand se passe ce poème ?
Avec « Tout cela me paraît charmant », l’auteur nous fait savoir qu’il assiste à la scène ou que l’action lui est contemporaine. On peut la dater d’avant 1866, date de publication du poème, ou d’une façon plus large, dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Grâce à l’espace-temps, nous avons notre cadrage : un cimetière catholique de la France d’avant 1866.

Dans l’article suivant, nous passerons à la seconde étape. Nous verrons comment ce que le texte nous offre à voir, à entendre, à sentir, à toucher et à goûter. À la semaine prochaine !

 

 

 

3 réflexions sur “Travailler un texte (1/5)”

  1. Merci bcp, cela semble tellement plein de bon sens de proposer de travailler ainsi. Le jeune va se sentir averti pour aller cueillir le sens du texte ! j’attends la suite avec impatience 😉

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